Tout ce qui suit concerne Peptide. Nous restons clairs, nous nous appuyons sur la littérature et distinguons ce qui est solide de ce qui reste ouvert.
Dernière vérification : 2026-04-13. Lorsqu'une affirmation repose sur une étude précise, l'étude est décrite plutôt que surinterprétée.
Ils n’étaient toujours pas désireux de céder le contrôle militaire des zones près de la frontière vietnamienne sous domination Việt Minh et découpler les exportations cambodgiennes avec celles de la Cochinchine, où leurs intérêts s’accroissaient. Le roi était contrarié mais allait être réconforté par les soutiens quasi unanimes qu’il trouva à son retour au Cambodge en mai 1953. Pour se soustraire aux conseillers coloniaux, Sihanouk déplaçait son quartier général à Siem Reap près des temples d’Angkor. Il bombardait les Français de demandes et accueillait les Khmers issarak qui rejoignaient sa cause. Le général de Langlade, le commandant militaire français au Cambodge, écrivait à ses supérieurs que la situation dans le royaume khmer était désespérée. Il affirmait qu’une victoire militaire nécessiterait quinze bataillons coloniaux supplémentaires, alors qu’abandonner le pays le conduirait à l’anarchie. Peut-être pensait-il qu’accorder l’indépendance serait un moindre mal. Après tout, le roi ne prétendait-il pas que si on lui accordait une totale autonomie, il veillerait à ce que le pays reste proche de la France pour quatre-vingt-dix nouvelles années. Le général concluait sa lettre en prétendant que « les Cambodgiens » — il devait penser à Sihanouk — « étaient vaniteux, susceptibles, idiots et très têtus ». Il trouvait vain de vouloir les attaquer de front, alors qu’au contraire, si on savait prendre ses habitants, on pouvait s’attacher le pays pour de nombreuses années. Sihanouk, dans le même temps restait à Angkor, isolé des missions diplomatiques et de la presse étrangère.
Sources : fr.wikipedia.org
Sa croisade était immobilisée. À la mi-juin, il décidait d’aller à Bangkok pour sensibiliser le public à sa croisade. Quand il arriva dans la capitale thaïlandaise, ses porte-paroles abreuvèrent les missions diplomatiques et les agences de presse locales de notices explicatives, réaffirmant les revendications indépendantistes cambodgiennes. Les Thaïs le remercièrent de sa confiance mais ne lui fournirent aucune aide. Lassé au bout de quelques jours par l’inactivité, Sihanouk retourne de mauvaise humeur à Siem Reap. Son escapade convainquit toutefois les Français du caractère instable du monarque et leur fit penser qu’il était sous l’influence au moins partielle des milieux francophobes et du Việt Minh. Fin juin, Joseph Montllor, chargé d'affaires américain à Phnom Penh rencontrait Jean Risterucci, le commissaire français au Cambodge. Celui-ci lui confiait qu’il craignait que le roi ait excité le peuple avec une force telle que la situation risquait d’échapper à tout contrôle. Quelques jours plus tard, d’après David Chandler, Risterucci s’était ravisé et dans un autre entretien déclarait que l’histoire en marche était du côté des Cambodgiens. D’autres sources confirmaient que l’opinion khmère se rangeait largement derrière la croisade royale. Pour la plupart, il était temps que les Français s’en aillent. Les renseignements coloniaux abondaient dans ce sens en déclarant que « pour le roi, l’indépendance immédiate était une fin en soi, peu importe que le pays soit localement instable à cause d’une politique démagogique ».
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Dans le même temps, en France, le gouvernement Laniel cherchait un moyen honorable de mettre un terme à la « sale guerre » en Indochine. Les négociations avec le Cambodge répondaient aux initiatives gouvernementales et permettaient d’envoyer les forces armées sur d’autres théâtres d’opérations. Sihanouk était pour sa part réticent à partager le crédit des événements ou à lier le destin du Cambodge à celui du Laos ou du Viêt Nam. Il vit que les Français étaient prêts à accéder à ses demandes et à négocier directement avec lui de la seule question cambodgienne. Afin de renforcer sa position, il mobilisait des forces populaires pour « défendre le pays contre l’insécurité, le Việt Minh et éventuellement toute agression étrangère » ; la dernière allusion visait de manière peu détournée les Français. À la fin août, les forces armées comprenaient quelque 130 000 personnes, mal armées mais enthousiastes. Une demande était faite aux autorités coloniales pour les équiper, mais elle restera sans réponse. Les négociations aboutissaient, le 17 octobre, à la signature d’une convention qui transférait aux autorités cambodgiennes le contrôle de la police, de l’appareil judiciaire et d’une grande partie des forces armées. Le pouvoir colonial conservait la direction des opérations militaires à l’est du Mékong. À part cette restriction, le Cambodge présentait tous les signes de l’indépendance, ce qui ne signifiait pas pour autant qu’il fût sûr.
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Peut-être près d’un district sur six était sous le contrôle de la guérilla et plus de la moitié du pays subissait la nuit des attaques des Khmers Issarak ou du Việt Minh. Une fois l’indépendance acquise, Sihanouk fit le voyage de Siem Reap à Phnom Penh, acclamé par des milliers de sujets enthousiastes. Ce retour, qui intervenait deux ans jour pour jour après celui de Son Ngoc Thanh, était encore plus triomphal que le précédent. Le 7 novembre, un corps composé de parlementaires de l’assemblée dissoute 11 mois plus tôt, élevait Sihanouk au rang de héros national. Deux jours plus tard, le 9 novembre 1953, l’indépendance du Cambodge était officiellement proclamée. Après cette victoire, une nouvelle partie commençait pour Sihanouk. Il n’avait alors pas de plan pour gouverner le Cambodge. Sa tournée avant sa croisade ne lui avait pas permis d’élaborer le début d’une politique étrangère ; il n’avait pas défini de modèle économique et encore moins des priorités. Cependant, il avait dirigé son pays et l’avait amené à l’indépendance. Il avait réussi là où ses adversaires avaient échoué.
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